Jean-Marc Forclaz

M. Le Président, chers collègues,

Notre collègue Quentin Talon structure son postulat pour l’essentiel sur la tragédie du 9 novembre 1932 à Genève qui fut pour notre pays une terrible illustration de ce que l’affrontement des extrêmes peut engendrer. Dans la version initiale de son postulat qui a été examinée par notre commission il qualifie, dans un raccourci vertigineux, ce drame de, je cite, « une répression brutale d’une manifestation antifasciste par l’armée sous ordre des autorités cantonales… ». Dans la version adaptée de son postulat il modère heureusement son propos mais parle toujours de violence d’État et d’autoritarisme.

Présenter ces événements sous cette forme pourrait laisser penser qu’il y a eu une volonté délibérée d’usage de la force contre les militants de gauche ce qui est totalement faux.

En 1977, la RTS a diffusé dans le cadre de son magazine « Temps Présent » un reportage détaillé et documenté des événements du 9 novembre 1932, dans lequel témoignent nombre d’acteurs de cette journée. Vous trouverez ce reportage dans les archives SSR sous le titre « Genève, le temps des passions : les morts du 9 novembre 1932 » que je vous invite vivement à regarder.

Permettez-moi de vous en résumer en quelques lignes les faits marquants.

Le contexte :
L’Europe est traversée par des courants d’extrémisme de droite et de gauche, Hitler s’affirme en Allemagne, Staline tient l’URSS d’une main de fer, les fascistes s’opposent aux bolchévistes.
A Genève l’Union Nationale, ouvertement fasciste, veut instruire un procès en accusation publique des dirigeants de ce qu’ils considèrent comme l’extrême gauche et louent une salle à cet effet.
Les activistes de la gauche communiste font appel aux anarchistes pour organiser une contre-manifestation destinée à perturber et infiltrer la manifestation de l’Union Nationale.

Les erreurs :
Le conseil d’État voulant privilégier la liberté d’expression se refuse à interdire la réunion de l’Union Nationale, craignant néanmoins des confrontations, et ne disposant que de 150 agents pouvant être engagés, il décide de demander le renfort de l’armée.
Le département militaire fédéral retissant dans un premier temps fait finalement appel à ce qu’il a à disposition, en l’occurrence une école de recrue, des jeunes hommes en début de formation, sans expérience promus soldats pour l’occasion.

Le déroulement des événements :
Pour rejoindre et renforcer des barrages de police, les militaires doivent traverser la foule. Des officiers et sous-officiers sont frappés par quelques groupes d’excités et les soldats sont appelés à se joindre aux manifestants. Les militaires, peu nombreux doivent se replier et se regroupent adossés contre un bâtiment. Se sentant menacés, un ordre de tir « un seul coup, tirer bas » est donné. Certains tirent, d’autres pas. 3 militants de gauche et 10 personnes qui suivaient la manifestation sont mortellement atteintes et 65 blessées.

Les conclusions tirées de cette tragédie :
Très vite, à Genève comme dans tout le pays, des responsables de gauche, syndicalistes, hauts dirigeants du parti socialiste appellent au calme et à la raison pour éviter l’escalade de la violence.
L’un des plus éminent d’entre eux à l’époque, Ernest-Paul Graber, membre du comité directeur du parti socialiste et membre du Conseil national de 1912 à 1943 qu’il présida en 1930, aura le 22 novembre 1932 ces mots, je le cite : « Le pire danger que présentent les communistes, c’est leur appel à la violence, à la manière forte… Nous venons de traverser des journées qui nous montrent où mène cette tactique. Ça commence par des excitations verbales, ça finit par des fusillades… L’appel à la violence, à la descente dans la rue…est la négation de notre programme. » fin de citation. Quelle sagesse, Ernest-Paul Graber avait immédiatement pris la mesure de cet immense et dramatique gâchis collectif. Il avait compris que ce jour-là tous les protagonistes avaient été dépassés par les événements.
Comme le dit le postulant, ce drame a aussi provoqué une réflexion sur la démocratie, le monde a pris conscience des horreurs perpétrées depuis par les totalitarismes de tous bords et c’est celà le plus important.

Je préfère pour ma part regarder vers l’avant plutôt que vers l’arrière, chercher à unifier plutôt qu’à catégoriser et donc réserver la dénomination de nos espaces publics soit pour des figures masculines et féminines positives, humanistes et exemplaires, ou alors pour un mémorial en l’honneur de notre démocratie directe, personnes ou idéaux qui sauront inspirer les générations futures.

Je vous invite donc à refuser ce postulat et vous remercie pour votre attention

Jean-Marc Forclaz,

Conseiller communal PLR

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